1994 – Le « hold-up » des voltigeurs
Rétrospective Publié le 2.10.12 11:10
« Le par équipes, ça prend aux tripes ». C’est par cette formule définitive que Yann Baillon définit l’histoire d’amour du karaté français avec la compétition par équipes. Des talents individuels qui se fondent en une unité, l’alchimie d’un groupe qui se transcende pour amener nos valeurs au sommet, au moment décisif. L’aventure d’une génération, une culture qui se transmet. Comme son plus féroce adversaire l’Angleterre, six fois la France est parvenu à décrocher le titre suprême chez les masculins. Après presque vingt ans de disette, une jeune génération de morts de faim bouscule tout. Nous sommes à Kota Kinabalu, Malaisie, en 1994.
« Une épopée par équipe, c’est presque une histoire d’amour » explique Alain Varo, l’un des membres du groupe qui a incarné le renouveau des années 90. À cette époque, ce lien d’amour entre Alain Le Hetet, Marc Pyrée, Alain Varo, Mickael Braun, Gilles Cherdieu et Romain Anselmo, c’est dans les torrents glacés des Pyrénées pour des stages commandos de cannyoning, ou dans la jungle de Bornéo, dix jours avant les championnats, qu’il se tisse. L’Angleterre règne depuis trop longtemps et le karaté français ne veut plus se laisser faire. On met l’accent sur le par équipes et, à l’instigation de l’entraîneur Patrice Ruggero, la France fait le pari de ses petits gabarits, alors que l’époque privilégie la masse et la puissance.
En haut (de g. à d.) : A. Le Hetet, Ch. Pinna, J. Delcourt, M. Pyrée, S. Tomao
En bas (de g. à d.) : G. Cherdieu, M. Braun, R. Anselmo, D. Dovy et A. Varo
© Copyright 1994 - Fédération Française de Karaté (FFKDA)
« On avait confiance dans le groupe, on se battait tous pour la même chose. La France avait été championne du monde une seule fois, il fallait que cela cesse. Nous savions que notre génération était la bonne... » analyse Gilles Cherdieu.
Mais même si elle arrive en finale des des championnats d’Europe, l’Angleterre revient très fort après s’être fait déposséder du titre mondial précédent par les Espagnols et à Kota Kinabalu, l’équipe de France est la plus légère, et l’une des moins capées du championnat… Au point que peu de gens misent sur elle y compris dans l’encadrement français. « On était une vraie bande de copains, avec un chaperon, Marc Pyrée. On se connaissait pour certains depuis les cadets, notre histoire était liée » commente Romain Anselmo, qui sera aussi vice-champion du monde individuel cette année-là. Un premier tour applaudi par le public car tous les combattants français gagnent avant le gong final, une passe d’arme redoutable contre l’Iran, sous-estimé, qui prend deux combats à la France avec des combattants qui seront par la suite des adversaires réguliers, et un corps à corps sanglant - au sens propre ! - contre le Japon. Gilles Cherdieu en 5e homme, emporte un combat décisif avec son tsuki jodan « fétiche » contre un poids lourd japonais qui sera vice-champion du monde le lendemain. Déjà blessé à un orteil, Gilles Cherdieu y laisse aussi son nez, cassé par son adversaire ! Le temps de le faire remettre par les kinés et d’emporter une demi-finale contre des Finlandais qui craignent le cinq majeur français et les voilà en finale contre les Anglais. Les victoires de Braun et de Le Hetet, les bons nuls d’Anselmo et de Pinna donnent le titre à la France.
Soudé par une confiance mutuelle et le sentiment de sa valeur, le groupe de voltigeurs français a réussi son « hold-up ». La France est à nouveau championne du monde.
Quelques images des Championnats du Monde 1994 ...
Championnats du Monde de Karaté 1994 (Kota-Kinabalu) par ffkarate