1996 – Règlement de compte à Sun City
Rétrospective Publié le 3.10.12 17:40
« Le par équipes, ça prend aux tripes ». C’est par cette formule définitive que Yann Baillon définit l’histoire d’amour du karaté français avec la compétition par équipes. Des talents individuels qui se fondent en une unité, l’alchimie d’un groupe qui se transcende pour amener nos valeurs au sommet, au moment décisif. L’aventure d’une génération, une culture qui se transmet. Comme son plus féroce adversaire l’Angleterre, six fois la France est parvenu à décrocher le titre suprême chez les masculins. Championne du monde en 1994, la France va réussir l’exploit de réussir à conserver son titre en 1996 dans une finale qui restera comme l’un des plus grands moments du karaté français.
Cette année-là, un nouveau venu entre dans l’équipe qui se rend en Afrique du Sud, à Sun City. Un petit gabarit qui lance l’idée que tout le monde se rase le crâne, lui qui porte les cheveux longs. Ce nouveau venu, c’est Alexandre Biamonti, qui prend la place d’un Marc Pyrée qui a raccroché le kimono. Le grand frère, le capitaine de l’équipe Alain Le Hetet accepte l’idée du « minot » et c’est la boule à zéro que cette équipe vient défendre sa suprématie.
Ce qui a changé en deux ans ? L’équipe de France fait peur. Elle est capable de renverser les montagnes, elle s’impose et n’a pratiquement rien perdu depuis, avec deux nouveaux titres européens à son palmarès. Elle parvient sans encombre en finale et ce sera face aux Anglais une nouvelle fois. La compétition contre nos « meilleurs ennemis » est toujours serrée, mais cette fois le suspens sera mémorable. Braun gagne contre Alderson, mais Otto et Cale battent Anselmo et Pinna. Le Hetet obtient le nul contre Paul. Tout se joue sur le cinquième homme de cette équipe nationale, le dernier rempart, l’homme décisif, Gilles Cherdieu. « Je crois qu’il n’a jamais perdu un combat pour l’équipe de France », se souvient Biamonti, admiratif. Mais l’Angleterre sent qu’elle tient peut-être sa revanche. Cherdieu doit gagner avec deux points d’écart face à un adversaire à sa portée, mais survolté. D’abord mené, il revient, puis marque le point de la victoire. Ce n’est encore pas suffisant, il en faut encore un. En toute fin de combat, l'adversaire anglais craque sous la pression du Français, sort du tapis et se voit pénalisé d’un point.
Murat Uysal (Allemagne) face à Alexandre Biamonti.
C’est gagné ? Non car une réclamation des Anglais qui prétendent que la pénalité a été donnée après la fin du compte finit par être acceptée, après une demi-heure de palabres ! « J’étais dans un état terrible, mais je sentais que personne ne voulait y aller et que c’était à moi de le faire », se souvient Cherdieu. On attend Cole, Le Hetet occupe le terrain pour mettre un peu de confusion dans le choix adverse. Au moment de l’appel des combattants, il s’écarte pour laisser passer Cherdieu... mais les Anglais ont fait de même avec Cale et c’est Wayne Otto qui se présente ! Otto marque le premier en contre, mais Cherdieu revient immédiatement. À la fin d’un combat terrible, le Français prend enfin l’avantage à quelques secondes du terme, mais Otto le poursuit et marque sur le gong ! C’est un point en hensho sen qui doit les départager devant un public aussi en transe que les combattants. « Je ne savais plus très bien quoi faire, et Otto non plus je pense, heureusement, il a commencé à faire des feintes ». Une fois, deux fois, l’Anglais s’avance pour provoquer. À la troisième. Cherdieu démarre à la tête et marque le point qui fait basculer le titre du côté français. « J’étais dans un état second, je n’entendais plus personne, jamais je n’ai fait quelque chose d’aussi fort, d’aussi dur nerveusement. Et c’était avec mes amis et pour un titre mondial. Après ça, on peut arrêter le karaté... » Pour l’éternité la France est championne du monde, et pour la seconde fois consécutivement.
Quelques images des Championnats du Monde 1996 ...
Championnats du Monde de Karaté 1996 (Sun City) par ffkarate