Jean-Luc Montama, premier rôle

Grâce à un gyaku de folie, Jean-Luc Montama est devenu, à 24 ans, le premier champion du monde individuel de l’histoire du karaté français en 1980 (+80kg). Un premier rôle pour l’éternité pour cet homme discret s’est ensuite lancé dans le cinéma et la coaching individuel. veste equipedefrance

montamaJean-Luc Montama / DRNovembre 1980, Palacio de Deportes de Madrid. 8 000 personnes hurlent leur soutien au champion d’Europe espagnol Juan Pedro Carbila. Lui n’en fait qu’une bouchée. C’est le 3e combat de la journée pour Jean-Luc Montama, battu par ce même diable ibérique lors des deux dernières joutes européennes. Cette fois, il n’en fait qu’une bouchée : 3-0. Les « socios » ravalent leur salive. Après avoir franchi l’obstacle néerlandais Kotzebue, battu le Japonais Narita, il s’ouvre, avec cette victoire contre l’idole madrilène, les portes vers le titre majeur. L’Américain Blanks ne peut qu’assister à l’ascension d’un Français déchaîné, ce dont peut aussi témoigner sa dernière victime du jour, l’Anglais White : menant 2-0, ce dernier se fait reprendre sur deux gyaku puis délester de l’or mondial. Sous la direction du grand Micho (Hugues Micholet, champion de France des lourds en 1980, son coéquipier par en équipe), la compagnie française qui a fait le déplacement chante un « Da Miso » antillais à pleins poumons. Les Espagnols ne peuvent que suivre le rythme. Francis Didier et Gilbert Gruss, dans leurs survêts d’entraîneurs, jubilent. Ils peuvent. Jean-Luc Montama, tout juste 24 ans, a fait un numéro. Il devient le premier champion du monde français de l’histoire du karaté. Pour l’éternité. « Montama entre dans la légende » titre le numéro 19 d’Officiel Karaté Magazine. Lors de ces premiers mondiaux par catégorie de poids, il conquiert le Graal, réussissant là où les Valéra et Sauvin, n’atteignirent, avant lui, « que » le podium. Là où un Patrice Ruggiero (dans la même catégorie cette année 1980, battu par l’épouvantail batave Reeberg), ne rencontrera jamais l’or malgré deux finales mondiales... Un apogée, une référence absolue.

Il n'avait pas pensé devenir champion. Ce graal décroché il y a trente ans, Jean-Luc Montama s’en souvient : « C'est une compétition pour laquelle je m'étais beaucoup préparé. J'avais fait un travail technique très important. Mais surtout, je suis arrivé avec une excellente préparation physique. Cela ne m’a pas empêcher de revoir un peu ma copie dans ce contexte international : à cette époque en effet, le karaté mondial était assez restrictif sur les techniques de jambes, qui étaient alors mon port au niveau européen, celui qui m’avait permis de remporter déjà plusieurs médailles au niveau continental (Vice champion d’Europe Open en 1979 et des +80kg 1980, médaillé de bronze des -70kg en 1997, NDLR).Il m'a donc fallu revoir ma stratégie ». Un homme aussi élégant qu’effacé, qui avoue ne pas avoir cherché à devenir champion, aussi étonnant que cela puisse paraître. « Quand j’ai commencé à pratiquer à la Montagne Sainte-Geneviève en 1973 avec Raphaël Gaillarde, je ne l’ai jamais fait pour être champion du monde. C’est mon titre européen juniors en 1975, alors que je remplaçais le titulaire au dernier moment, qui m’a propulsé dans ce monde du haut niveau. Ma passion c’était d’enseigner, pas de gagner, explique celui qui dirige toujours des cours au Kangeiko KC Paris. J’ai donc remporté ces championnats du monde, un peu insouciant, au sein d’une équipe menée par Micho (Hugues Micholet, alors champion de France des lourds) qui a aussi fait 3e cette année là à Madrid derrière les Pays-Bas et l’Espagne qui l’avait emporté chez elle.»

Reconverti dans la cinéma. Ce petit prince des tapis d’un mètre quatre-vingt-dix a ensuite stoppé sa carrière de manière inattendue. Reconverti en coach sportif pour les particuliers, quelques peoples et capitaines d’industrie notamment, le discret Jean-Luc Montama, également acteur à ses heures, reste un passionné. Même éloigné du haut niveau, il continue à fouler les tatamis. Trente ans après son titre, il livre son expérience de champion du monde. « Je ne suis pas nostalgique de mon époque. Le karaté est aujourd’hui devenu beaucoup plus rapide. Les athlètes sont mieux préparés, ils contrôlent mieux aussi. Cela a permis à notre sport de devenir plus spectaculaire et plus médiatique aussi.» L’édition 2012, s’y intéresse-t-il pour autant ? « Forcément. Le karaté français est un peu dans le creux de la vague, mais en France, tout est possible. Pour que ça marche, il faut y croire. Le plus beau serait de remporter le titre par équipes. C'est vraiment le signe le plus fort. Ce serait extraordinaire de parvenir à obtenir ce titre. J’y serai pour y croire avec l’ensemble du public. »

O.Remy /K.Éditions

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