Emmanuel Pinda, première star d'un karaté nouveau
Rétrospective Publié le 17.10.12 10:20

C’est au Kung-Fu, dans le sillage du héros de l’époque Bruce Lee, que le félin fait ses premiers pas d’ajustement. Mais grâce à l’international Pierre Heintz, c’est le karaté qui saura accueillir et dresser au combat le chat Pinda, premier tsar, première star d’un karaté nouveau, lui qui fût champion du monde en 1984 en Open et en 1988 en +80kg.
Il a 16 ans quand il débute. Un an plus tard, il est déjà champion de France juniors, un titre qu'il emportera quatre fois de suite ! Tout juste senior, il parvient en finale des championnats d’Europe 1981. Battu par Patrice Ruggiero, est invité à intégrer l’équipe de France qui part à Taiwan en 1982. Battu en quart... il s’éloigne une première fois du karaté ! Car Emmanuel Pinda, comme son idole de jeunesse Bruce Lee, a une passion inassouvie pour le cinéma. Mais le meilleur spotlight de cette bête de scène, c’est encore le néon du gymnase. Il revient en 1984, impose une nouvelle fois son style coulé, tout en changement de rythme et en spontanéité, formidablement spectaculaire. Les mawashi jodan, les balayages et même le ushiro geri sauté sont au programme de l’artiste. En quelques coups de force sur le tapis, quelques réparties bien senties à l’extérieur, il devient le nouveau monstre sacré du karaté français, un Valéra plus glamour et plus médiatique, un showman qui fait de sa discipline le grand spectacle parisien du moment. S’il perd en finale des championnats d’Europe à Paris le titre toutes catégories face à son alter-ego inversé, son « ennemi intérieur » Patrice Ruggiero, il emporte à Maastricht, aux Pays-Bas, le titre mondial – le second du karaté français en individuel après celui de Montama en 1980 - et face au même, Patrice Ruggiero toujours. L’année suivante, il est champion d’Europe à Oslo. Nouvelle rupture de contrat, nouvel abandon de son premier amour pour le second... Pinda revient en 1987 et prend le titre européen des +80 kg, tout en étant troisième en Open. Son triomphe est pour l’année suivante : un cinquième titre en coupe de France, record encore inégalé, et un nouveau titre mondial, premier doublé de l’histoire chez les hommes, et encore aujourd’hui, l’un des seuls jamais réalisé.
Il a dépassé le cadre du karaté. À 27 ans, réconcilié l’espace d’une aventure exceptionnelle avec l’équipe de France et avec lui-même, Emmanuel Pinda tient son plus beau rôle. Symbole d’une liberté charismatique et créative, mais aussi égocentrée et tourmentée, il quittera progressivement la scène, non sans morceaux de bravoure et « come back » retentissants et réussis – par exemple en 1995, où il atteint la finale de la coupe de France. À l’époque, c’est à Patrice Ruggerio, l’adversaire le plus respecté, qu'il avait demandé de l’aide pour son retour… Emmanuel Pinda fut l’un des rares champions du karaté a atteindre une sphère médiatique plus large que celle du sport. Ecume de cette faveur, une citation qu’on lui attribue – en fait la paraphrase d’un beau proverbe arabe – court toujours sur internet : « Quand tu veux faire quelque chose, soit tu trouves des moyens, soit tu trouves des excuses ».
E.Charlot/K.Éditions