Tapol, le dernier samouraï

Si son ami Thierry Masci, auquel il est indissolublement lié par une double victoire aux championnats du monde 1986 à Sydney qu'ils avaient préparé ensemble –, il est celui qui fit le lien entre l’esprit guerrier ancien et le karaté moderne, Jacques Tapol, l’aîné, est résolument de l’ancien monde, peut-être le dernier « samouraï » du karaté français !

Jacques TapolQuand Jacques Tapol pousse la porte du dojo près de chez lui, il n’a pour tout bagage que ses 15 ans, une enfance difficile et la rage diffuse, difficilement ravalée, qui va avec. Heureusement pour lui et pour le karaté, c’est Hiroo Mochizuki qui l’accueille. Très vite, la pratique le canalise et l’éveille à lui-même. Non seulement le jeune homme devient un champion junior redouté – dès sa première participation en 1975 – mais il s’applique aussi à découvrir les principes cachés des arts martiaux en s’intéressant aussi au yoseikan budo, au kendo à l’aikido ou au judo...

Même compétiteur de haut-niveau, cette démarche ne le quittera jamais. « Il y avait des choses à trouver, la spirale, la fluidité. Même la compétition, pendant un moment, je l’ai abordé dans l’esprit du « un coup, une vie ». Au fond, j’étais plus une sabreur qu’un karatéka ». Combattant féroce et souvent disqualifié, il s’empare deux fois du titre national, en 1980 et 1985. Il y a de l’opposition dans la catégorie des mi-lourds avec Patrice Belrhiti, Marc Pyrée avant son passage en poids lourds, ou Claude Petinnella, triple champion de France entre 1982 et 1984 (et une dernière fois en 1988), champion d’Europe 1980, 1982 et 1984. L’ancien champion d’Europe Serge Serfati, se souvient : « Contre lui, la sensation était différente. Il travaillait la saisie, des techniques différentes. Un karatéka dans la forme, l’esprit et le cœur ». Jacques Tapol aura une première chance mondiale en 1982 à Taïwan, et parvient brillamment troisième, battu d’une touche par le Britannique Pat Mc Kay, qui emporte à cette occasion le premier de ses deux titres mondiaux. La suivante viendra en 1986, pour un lointain voyage à Sydney. Le guerrier en quête de perfection et d’un titre suprême a alors 31 ans... et un « disciple ». Thierry Masci est devenu son frère d’armes, son ami. De quatre ans plus jeune, déjà champion d’Europe et médaillé mondial, il est lui aussi en quête de l’or et du graal de la perfection. Ils se prépareront ensemble dans un aventure romanesque au cœur de la nature sauvage des Pyrénées et c’est ensemble qu'ils emporteront le troisième et quatrième titre individuels masculins du karaté français. Thierry Masci en emportera un autre deux ans plus tard et prendra après une grande carrière, les rênes de l’équipe de France. Quant à Jacques Tapol, il descendra du podium avec un enseignement : « J’ai été champion du monde. Une fois monté sur la plus haute marche, le soir même, je me disais, ce n’est que cela ? ». Un titre pour une leçon de vie et le début d’une sagesse à accueillir tout au long d’une vie tissée d’exigence personnelle. « Aujourd’hui j’en garde le souvenir formidable de la camaraderie et de la noblesse de la confrontation avec certains combattants, les Emmanuel Pinda, Thierry Masci, Serge Serfati… C’était beau ».

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