1998 – Laurence Fischer, la reine du karaté français
Rétrospective Publié le 25.10.12 09:15
La femme la plus titrée du karaté français, c’est elle, Laurence Fischer. Elégante et discrète, la karatéka devenue comédienne, revient sur « un morceau de sa vie » qui lui permit de devenir une « femme de valeurs ». Grande championne, elle est également la « senseï » des temps modernes.
11 ans de haut niveau de 1995 à 2006. 11 fois championne de France. 5 fois championne d’Europe. 2 titre de championne du monde… L’ironie du sort ? Laurence Fischer ne voulait pas faire de karaté quand elle était enfant. « Je trouvais ça trop brutal », se souvient la karatéka. Poussée par son père, combattant lui-même, elle finit par suivre, à 12 ans, régulièrement les entraînements à Marignane puis à l’Union Judo de Marseille. Les années passent, les grades aussi. Son karaté, lui, devient explosif, ses jambes sont de feu… « Il était temps que je me confronte aux autres ». Alors direction Rio de Janeiro pour les championnats du monde de 1998. De l’autre côté de l’Atlantique, la Française, âgée de 25 ans à l’époque, réalise l’exploit. Un titre de championne du monde en poche, « jamais on pense que cela va nous arriver. On rêve du titre mais on ne le réalise pas » Et pourtant… la finale fut expéditive contre la vice championne du monde 1994, l’Australienne Laurene Bevaart. « Rio, c’était l’aboutissement de beaucoup de travail et de sacrifices », analyse la championne. « L’or à Tempere, c’était le résultat d’une passion qui m’anime depuis 30 ans et qui me rend très forte », et c’était en 2006...
Laurence Fisher / ©DR
11 ans venaient de passer entre Rio et les championnats du monde à Tempere en Finlande où elle obtenue son second titre mondial. 11 ans de victoires, de joies, de blessures, de faiblesses mais « aussi de réflexion sur la vie, sur mon corps et mon esprit », qu’elle partagea, entre autres, avec sa copine de chambre Nadia Mécheri et ses différents entraîneurs dont Marc Pyrée. Pourtant reine de l’Europe de 1999 à 2006, la pensionnaire de l’Union Judo Marseille n’arrivait plus à atteindre une nouvelle finale mondiale (elle remporte le bronze en 2000, 2002, 2004) jusqu’au fameux 12 novembre 2006 où la Française gagna sa finale contre la Japonaise Arai. « Avec l’expérience et la maturité, je suis devenue plus offensive et volontaire même si j’ai toujours eu un karaté instinctif », analyse Laurence Fischer. Spécialiste du gyaku et des mae-geri qui sèchent ses adversaires, la gauchère tricolore s’est déchaînée sur le tapis une dernière fois, avant de prendre sa retraite sportive. « Je suis partie de la meilleure des façons ».
Bien plus que son épanouisement dans un sport de combat, la karatéka la plus titrée de l’histoire du karaté française évoque « un duel avec soi-même ». Un « art de vivre » qui se poursuit après une carrière de haut niveau. Humble et modeste, discrète et généreuse, la capitaine de l’équipe féminine de combats qui fut championne du monde par équipes en 2000, est devenue entraîneur au Karaté Club de Colombes, après avoir été diplômée de l’Essec. « Je suis militante de l’éducation par le sport. Alors j’essaie de transmettre aux jeunes à la fois un bon jeu technique et un bon état d’esprit. J’ai conscience que le karaté de mon époque est devenu obsolète alors je m’adapte à leurs attentes et à leurs besoins. Etre championne du monde, ce n’est pas juste une médaille, c’est un état d’esprit qu’il faut partager au quotidien », explique t-elle. Un engagement qu’elle a également souhaité mettre à profit au sein de l’association « Sport sans frontières » dont elle est la marraine. La championne, aujourd’hui maman d’une petite Gwendoline, jongle entre le dojo et le théâtre. Parce qu’aujourd’hui Laurence Fischer, 39 ans, « rêve de devenir intermittente du spectacle ». Et pour garder l’équilibre entre toutes ces fonctions, rien de mieux que « d’exercer un katas ou deux à la maison, une séance de yoga l’après midi et un cours de salsa pour se défouler le soir !». Du Laurence Fischer dans le texte.
Sarah Sudre