1990 – Catherine Belrhiti, les détails qui valent de l’or

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Femme des années 90, son palmarès parle pour elle. Double championne du monde 1990 et 1992, triple championne d’Europe 1989, 1990, 1991. Tout semble être dit. Pourtant Catherine Belrhiti a encore plein de choses à raconter. Des anecdotes, des détails techniques, des émotions, des analyses, la championne se confie avec joie et émotions.

Autant certains athlètes oublient avec le temps la journée où ils furent sacrés champions du monde, Catherine Belrhiti fait partie de ceux qui se rappellent de tout.

belrhiti catherine Catherine Belrhiti / ©DR« C’était il y a 22 ans et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier. C’était magique ce jour là », raconte la double championne du monde kumite +60kg en 1990 et 1992. Championne de France, championne d’Europe (1989, 1990, 1991), vainqueur de la coupe du monde, l’année 90 devait se finir, comme la suite logique d’un parcours sans faute, par un titre de championne du monde à Mexico. « Easy » ? « Pas tant que ça ». Premier obstacle : l’environnement. À cause de son altitude (2 250 mètres), sa pollution et la chaleur, Mexico demande beaucoup de temps pour s’acclimater. « J’ai peiné en début de compétition même si nous étions là depuis deux semaines, le souffle manquait ». Deuxième obstacle : l’Australienne Brogan au 3e tour. Une frayeur pour la Française, âgée de 28 ans à l’époque, non par pour son classement mais pour sa grandeur. « Elle était géante. Moi, j’étais la plume des lourdes », détaille Catherine Belrhiti. Menée de 3 points, c’est son entraîneur, aujourd'hui ex-mari, Patrice Belrhiti, qui lui donna la solution : passer en dessous et attaquer avec les jambes. Confiante et déterminée en début de journée, la karatéka se souvient pourtant d’un grand moment de doute à cet instant. « Tout est remis en cause. À partir de là, c’est le caractère qui fait la différence. Soit tu te reprends, soit c’est fini pour toi », explique avec fermeté la championne. Finalement, c’est passé. Le quart de finale ? Le combat où elle comprit que « ce serait moi la nouvelle championne du monde ». En sortant la quadruple championne du monde de 1982 à 1988 et six fois championne d’Europe, la Néerlandaise Guus Van Morick, Catherine Belrhiti se voit pousser des ailes. Des ailes qui l’amèneront jusqu’en finale contre l’Italienne Sartirani ; une adversaire jamais rencontrée auparavant. Tout s’est joué dans le regard. « Avant de saluer, je l’ai regardée droit dans les yeux en pensant « toi ma cocotte, tu ne va pas faire long feu » (sic). Après, l’Italienne a baissé la tête. L’erreur fatale », explique la Française en rappelant qu’aux championnats du monde, ce n’est pas la qualité de technique qui est testée mais le mental. « J’étais très fière sur le podium », se souvient t-elle avec nostalgie. Après, la volonté « d’avoir une vie normale et de fonder une famille » a pris le dessus. Un temps seulement...

 

photos site_catherine_CJuste après son accouchement en avril 92, Patrice Belrhiti lui lance le défi de revenir sur les tatamis avec un seul objectif : remporter un second titre aux championnats du monde de novembre 1992. « Le challenge était fou, mais je suis tellement têtue que j’ai accepté ». Sac de sport dans un bras, bébé dans l’autre, les entraînements furent durs et éprouvants « mais j’étais tellement heureuse ». Rompue aux grands rendez-vous, c’est pourtant l’esprit perturbé quelle est arrivée à Grenade en novembre. « Je n’avais plus de repères. Je ne savais pas ce que je valais sur la scène internationale, à vrai dire », se souvient la Lorraine. En équipe, elle s’incline à plusieurs reprises. En individuel, « je fais mes tours mais rien d’exceptionnel ». La karatéka ne lâche rien pour autant et se hisse en finale, avec son spécial, mawashi jambe avant. Avec ses deux coachs, Patrice Belrhiti et Serge Chouraqui, la feuille de route est claire : laisser venir la Turque, Nurhan Firat, pour contrer. « Après 2 minutes de combat, rien ne s’était passé. On a recommencé puis 20 secondes avant le terme du combat, la Turque tente une attaque que je contre en yoko geri et c’est la victoire ! », raconte t-elle avec émotions. « J’ai pleuré comme une madeleine pendant une bonne heure. Je n’avais qu’une envie, serrer fort ma fille dans mes bras ». C’est avec cette belle médaille d’or que Catherine Belrhiti a mis fin à sa carrière mais pas au karaté. Responsable de la commission féminine de la Fédération Française de Karaté, la double championne du monde, 50 ans, est également appréciée pour son engagement quotidien auprès du karaté féminin. Expert fédéral 6e dan, elle créa en 2002 le body-karaté, qui compte à ce jour plusieurs milliers de licenciés. « Allier danse, katas et kumite en musique a séduit un public, moins apte à la compétition. En ce sens, le karaté est accessible à tous », analyse t-elle. Sinon, elle est professeur d’histoire-géographie, le jour et entraîneur au Karaté Club art et body de Buhl et de Phalsbourg, le soir. « J’ai des journées très chargées mais si j’ai bien un devoir en tant que championne, c’est de partager mon savoir et mon vécu aux passionnés de karaté ». À trois semaines des championnats du monde de Bercy, celle qui partageait, en équipe de France, une grande amitié avec Emmanuel Pinda, aurait un seul conseil à donner au collectif France, quelle encouragera au premier rang le jour J : « On devient fort dans l’effort. Si vous voulez cette médaille d’or, dépassez-vous comme jamais ».

Sarah Sudre

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