2008 - Ayoub Neghliz: "Plus que des coéquipiers, nous étions de véritables amis"
Rétrospective Publié le 20.11.12 22:53
À J-1 des Championnats du Monde à Bercy, Ayoub Neghliz, aujourd’hui entraîneur national de l’équipe de France kata féminine, se fait le porte parole de cette équipe dorée que fût la première équipe française kata masculine à remporter un titre mondial, en 2008. Souvenirs, détails techniques, anecdotes, le champion du monde retrace les championnats du monde de Tokyo avec joie et émotions.
Une équipe ? L’équipe katas composée à l’époque de Julien Dupont, Ayoub Neghliz et Jonathan Plagnol. Une année ? 2008. Un titre ? Champions du monde. Leur force ? L’énergie. La particularité de cette équipe ? Trois amis inséparables.
Racontez-nous la naissance de cette équipe dorée de katas…
Ayoub Neghliz : Julien, Jonathan et moi avons formé une équipe katas en 2003. Avant, nous faisions tous les trois des bons résultats en individuel. Puis, le staff technique s’est rendu compte que nous avions le même style de karaté. Il y avait quelque chose à creuser en équipe alors nous nous sommes lancés dans cette aventure collective. On s’est très bien entendu et on a vite été fort. En juniors, nous gagnons tous les titres. À vrai dire, sur ces deux saisons, nous n’avons jamais perdu. En seniors, on termine 3e aux championnats du monde en 2004, deuxième en 2006. 2008, c’était la bonne année, nous remportons le titre. Nous sommes également champions d’Europe 2006. Nos coachs étaient Yves Bardreau et Alain Auclert.
Quel était votre secret pour réussir ?
A-N : Nous étions sur la même longueur d’onde avec un seul objectif : être les meilleurs du monde. L’amitié est également notre point fort. Plus que des coéquipiers, nous étions de véritables amis. Nous travaillions ensemble à l’entraînement, nous habitions en colocation. Bref, on vivait et pensait karaté ensemble. Après, techniquement parlant, nous étions très rigoureux et on communiquait beaucoup. On commentait les moindres détails, les moindres décalages pour tenter d’atteindre la perfection. Je ne vous cache pas qu’il y a eu beaucoup de débats et parfois un peu de clashs (rires).
Les championnats du monde 2008, c'était écrit à l'avance alors?
A-N : Un peu oui... Disons qu'il n’y avait pas plus prêt que nous. Nous avions eu une préparation minutieuse. Un peu isolés du reste du monde, nous avions eu le temps de nous préparer physiquement et mentalement. Nos derniers entraînements ont été très courts. 20 minutes suffisaient pour répéter. Sincèrement, nous étions au top et confiants.
Et le Jour J…
A-N : Et bien… le travail a payé. Nous étions en forme et les tableaux jouaient en notre faveur. Nos deux concurrents directs, les Italiens et les Japonais, étaient dans le même tableau, nous ne pouvions donc les rencontrer qu’en finale. On commençait alors la compétition avec un poids en moins. C’était le scénario parfait.
Des souvenirs de la finale ?
A-N : C’était une finale rêvée mais aussi très attendue car nous affrontions les Japonais, chez eux. Je me souviens qu’en rentrant dans la salle, la pression est montée d’un coup. Le public criait contre nous. C’était difficile. Mais nous nous sommes vite ressaisit. Juste avant de commencer le kata, nous avons échangé des regards vifs et méchants avec nos adversaires. Nous avions la hargne. À la décision finale, on aurait pu entendre voler les mouches… Puis on se met à compter les drapeaux. Un drapeau, deux drapeaux, trois drapeaux, la victoire était pour nous. À ce moment là, c’est l’explosion de joie. On ne s’est pas retenue pour crier notre victoire.
Comment avez-vous fêté le titre, alors ?
A-N : C’était magique. Nous avions réalisé l’exploit. Nous étions la première équipe masculine française à gagner. Nous avons fais la fête jusqu’au lendemain. Mais surtout, nous avons tenu notre pari, c’est à dire raser la tête de notre coach Yves Bardreau si nous gagnions le titre.
Qu’est ce qui a fait la différence selon vous avec vos adversaires ?
A-N : Nous étions très propres et très explosifs. En 2008, nous n’avions que 25 ans, nous étions jeunes comparés à nos adversaires dont certains avaient la quarantaine. Disons qu’en 2008, notre fraîcheur et notre vivacité nous a rendu invincibles.
Ayoub Neghliz, Jonathan Plagnol et Julien Dupont
Aujourd’hui, quel est le parcours de chacun ?
A-N : En 2008, nous avions décidé d’arrêter l’équipe si nous gagnions le titre. Aujourd’hui, Jonathan est toujours athlète. Il sera présent à Bercy avec l’équipe katas. Julien est l’un des kinésithérapeutes des équipes de France de karaté et moi je suis devenu entraîneur national. Nous avons tous les trois eu une belle ascension sportive et professionnelle dans le monde du karaté. Nous sommes toujours très amis. Ils sont mes plus belles rencontres dans le karaté français.
Propos recueillis par S.Sudre