CK'8 : L'Open de Hollande par Nadir Benaissa

thumb nadir chronique32Nadir Benaissa, co-capitaine de l'équipe combat homme avec Mathieu Cossou, était dans les locaux de la Fédération lundi dernier, suite au déplacement de l'Equipe de France à l'Open de Hollande. Il revient avec nous sur le voyage, l'ambiance dans le groupe, les coulisses de la compétition ... Une compétition qui ne lui a pas souri sportivement, mais dont il a tout de même souhaité nous faire part...

 

Raconte-nous un peu ton voyage ...

"Avec les sudistes, nous sommes partis très tôt de Montpellier le matin, direction le siège de la Fédération où toute la délégation française avait rendez-vous, avant de partir  en bus vers les Pays-Bas. On a un peu l'habitude maintenant des trajets en bus, mais c'est vrai que ce n'est pas le genre de trajet qu'on affectionne particulièrement. On n'arrive pas forcément dans de supers conditions... mais c'est le lot de nombreuses délégations et il faut passer outre ! "

Comment as-tu occupé ton temps dans le bus ?

"Moi, je suis un bavard. Je dors très peu lors de ce type de trajet, une demi-heure pas plus. Après ce qui est bien, c'est que l'on passe des moments sympas tous ensembles ... on peut parler entre nous, délirer et cela permet de mieux se connaitre ! Durant ces 6 heures de trajet, on a bien discuté de tout et de rien ... et au final, c'est très enrichissant pour la vie du groupe."

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Vous avez le temps de parler avec les entraineurs sur ce trajet aller ?

"Sur l'aller, c'est plus entre athlètes ... les entraineurs viennent nous voir également, mais on ne parle pas avec eux de compétition. On parle de nous, de nos projets, de nos objectifs en dehors du sport et du karaté. Comme cela ils savent dans quel contexte on évolue au quotidien. Pour les entraineurs, c'est important de comprendre pourquoi l'athlète est peut-être moins bien en ce moment, trouver les raisons ..."

Lors de votre arrivée comment ça se passe ?

"Alors déjà il y a un souci ... ! On arrive à l'hôtel de pesée, trop de monde à ce moment-là ... donc on se rend à notre hôtel où nous devions loger initialement ! On souhaitait poser nos affaires et récupérer les chambres pour ensuite aller faire la pesée. Mais arrivés sur place on nous dit : «Non, non ça a changé ... ». Et au final on nous dit que l'on dort à l'hôtel, où il y a la pesée ... Bref, ... on retourne là-bas (rires)."

Raconte-nous la répartition des chambres entre les athlètes ?

"Ce n'est pas compliqué, ce sont des groupes qui se font depuis des années. Moi je suis souvent avec Azdin (Rghioui), Jean Christophe (Taumotekava). Cette fois nous étions trois : Azdin, Mathieu (Cossou) et moi. Après je peux être avec tout le monde, Ibrahim, Kenji ...C'est Marie-pierre Gatto (Assistante de Thierry Masci) qui fait les réservations, qui choisit les binômes : « tiens, lui il va bien avec lui ...» (rires). Après nous sommes allés à la pesée, une heure d'attente quand même ... c'est contraignant surtout pour ceux qui tirent le lendemain de bonne heure."

Quel est ton état d'esprit le samedi, vu que tu ne combats que le dimanche ? thumb DSCF8820

"Si je dois choisir, je préfère combattre le samedi c'est clair ... Donc le samedi je me lève tranquillement, mais c'est vrai que je suis souvent le premier me rendre au petit déjeuner ! Que ce soit avec Azdin ou JC, tous les deux ce sont les même profils ... ils se lèvent toujours à « moins 5 » ! En gros si on a rendez-vous à 7h30, ils se lèvent 5-10 minutes avant pour se préparer ... j'exagère, je suis du sud ... mais je ne suis pas loin de la vérité. Perso je préfère me lever tôt, c'est par rapport à mon rythme de vie. Je suis donc descendu tout seul, les deux dormaient et ronflaient ... (rires)."

Comment tu occupes ce genre de journée où tu ne combats pas ?

"Comme lors de chaque compétition, on se trouve un petit coin avec les autres athlètes de l'Equipe de France dans les tribunes, cela nous permets de rester ensemble et entre nous. Lorsque j'ai des potes qui "tirent", j'ai du mal à rester assis. Je vis le truc à fond ... mais ça m'a porté préjudice plusieurs fois. Etre à fond même de l'extérieur, me fais perdre de l'énergie. Donc j'essaie de mieux gérer cela maintenant. Quand les potes tirent on les soutient forcément, et quand j'ai la possibilité de descendre et d'être près d'eux et que je sens qu'ils en ont besoin je le fais. Par exemple Betty Aquilina, qui est venue avec son club, c'est une partenaire d'entrainement à Montpellier, une amie, je sais qu'elle peut avoir besoin de mon soutien à un moment précis de la compétition... donc j'étais présent à ce moment là. Mais quand tu as les gars de l'équipe qui combattent, c'est vrai que tu es en stress et que tu as envie qu'ils réussissent. Parce que leur réussite à un moment donné ça sera la notre dans le "par équipe"."

Tu analyses un peu le tableau le samedi dans la journée ?

"Oui j'ai regardé mon tableau, mais je n'y porte pas forcément trop attention. Ce qui est intéressant dans ce genre de compétition, c'est de rencontrer les meilleurs pour se confronter. Quand je vois le tableau je me dis qu'il y a la place d'aller au bout. Il y avait le macédonien au premier tour, l'estonien qui m'avait mis K-O l'année dernière ... Ca ne me met pas de pression de savoir qui je vais combattre le lendemain."

Vous avez assisté aux finales ?

"Avec certains athlètes nous voulions rentrer plus tôt afin de nous reposer pour le lendemain. Et comme les finales étaient prévues assez tard, il y avait la possibilité de rentrer avant. Donc nous avons opté pour cette solution. 

thumb DSCF8776Dans la chambre le soir, tu reparles avec Mathieu et Adzin de leur compétition où tous les deux se font éliminer rapidement ?

"On a beaucoup de respect sur ça ... sachant aussi que moi je combats le lendemain. Quand tu viens de perdre, tu n'as pas forcément envie de parler à chaud de la journée. Et derrière ça on avait quand même une rencontre France-Hollande en équipe le dimanche. On nous dit souvent qu'il ne faut pas rester sur un échec où une réussite car derrière il y a toujours quelque chose qui nous attend. Après, si ils veulent m'en parler il n'y a pas de problèmes. Là ce n'était pas le cas ...Avec Azdin, c'est un collègue d'entrainement également, un ami, on revient sur la compétition au pôle, on en parle entre nous. Idem avec Mathieu, lors du stage d'après où l'on debrief sur l'état d'esprit général."

Tu dors bien la veille de rentrer dans la compétition ?

"Oui en général ça va. Après, quand c'est un Championnat d'Europe ou un Championnat du Monde, c'est clair que c'est un peu plus difficile de dormir. En Hollande, je n'ai pas eu plus de mal que cela et en plus j'étais fatigué par la journée et le trajet de la veille."

Comment ça se passe le dimanche matin au réveil ? Dans quel état d'esprit es-tu ?

"Dès le soir qui précède la compétition je suis dedans. Le fait de préparer mon sac la veille, d'enlever le kimono du cintre ... tous les rituels ...On a tous des rituels avant la compétition ... tout commence à partir de là. Ca continue ensuite le matin, tu prends ton petit déjeuner, tu sais à quelle heure tu combats, donc tu manges en fonction. Mes combats démarrent à 11h10, le petit-déjeuner est donc pris en conséquence ... je vais calculer 3 heures avant le début de la compétition afin de bien digérer. En plus il y a tous les apports alimentaires dont je vais avoir besoin ... Je ne suis pas un pro mais je fais attention ! Même sur mon alimentation en règle générale je fais attention."

Tu es plutôt comment au petit déjeuner avec les autres ?

"Moi je suis bavard, j'aime bien déconner... je parle, je délire ... Ca me permets de ne pas stresser. J'ai appris pas mal de choses lors de ma dernière formation de préparateur physique, par rapport au stress. Le stress, il ne faut pas qu'il arrive trop tôt, ni qu'il n'arrive pas du tout en fait. Le stress c'est physiologique, c'est le corps qui se prépare à un danger. Et la compétition, pour le corps c'est comme un danger. Le stress est donc positif et il faut savoir l'appréhender. Donc moi je souris, je rigole, je discute ... après je ne fais pas le clown non plus (rires). D'autres sont plus fermés, mais chacun fonctionne à sa manière. Après pour les Europes où les Mondes ce n'est pas forcément le même état d'esprit."

thumb DSCF8817La compétition ne se déroule pas très bien pour toi ...

"Oui je ne peux pas parler de compétition mais plus d'un combat et c'est frustrant. Je me dis que je fais tout ce qu'il faut dans ma préparation, je suis sérieux dans ce que je fais que ce soit au niveau mental, technique, physique ... et je n'arrive pas à trouver la solution avec ce gars là (Nestorovski, le macédonien) ! Ca fait trois fois que je le rencontre et trois fois que je perds contre lui (en finale de l'Open de Paris, aux points ; à l'Open d'Autriche au 3ème tour avec un point d'écart) ... je perds en Hollande encore d'un point. Il m'a mis mal sur de nombreuses compétitions ... c'est rageant "

Tu avais mis en place une tactique avant d'aborder ce combat justement ?

"En fait c'est un contreur, il ne fait rien du combat et je perds les deux premières fois contre lui sur un contre. A l'Open de Paris, il ne fait rien et il me sort un kizami en contre, il le met c'est sur, mais tu ressors forcément frustré avec ce genre d'adversaire ! A l'Open d'Autriche c'est la même chose ... Du coup pour ce combat en Hollande, ma stratégie c'est de l'attendre, d'être patient ... Maintenant ce n'est pas ma manière de combattre, donc c'est un peu contre nature ... Je suis un combattant, je ne suis pas un attentiste ! Après avoir disputé un tour uniquement tu ne peux pas faire un point sur ton état actuel, je fais trois minutes de combat donc j'ai pas ma dose de volume. Frustrant !

Vous débriefez à chaud quand même avec Louis ?

"Moi quand je fais de la m...., il faut que l'on me le dise, qu'on me rentre dedans. Je n'ai pas envie qu'on arrondisse les angles lorsque l'on me parle de cela. Je préfère un discours direct et franc ! Louis c'est ce qu'il a fait car il le fallait ! La journée se passe mais il a fallu rester mobilisé car on combattait en équipe ensuite pour une confrontation contre les hollandais (victoire de l'équipe de France masculine 4-1).

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